IA et Ecriture éco-responsable : la Cité fait évoluer sa certification


Quelles réflexions ont été menées ? Quelles sont les nouveautés ? Louise Barnathan, responsable des talents et du secteur professionnel, et Sabine Zipci, responsable du Centre de compagnonnage à la Cité européenne des scénaristes y répondent. 

Pourquoi avoir fait évoluer la certification du Centre de compagnonnage ?

Sabine Zipci : La certification du Centre de compagnonnage répond déjà à un besoin clef qui est la collaboration. Ainsi, pendant leurs cinq mois de formation, les apprenants et apprenantes de la Cité reçoivent des cours théoriques (par exemple sur la dramaturgie, la recherche documentaire, la mécanique sérielle, etc.) et aussi surtout sur leur posture professionnelle et différentes soft skills ; posture qu’ils peuvent ensuite expérimenter dans le cadre des 4 mois d’immersion professionnelle qui suivent. Courant 2025, lors de notre demande de renouvellement de la certification (qui est une obligation légale), nous avons saisi l’occasion d’apporter des changements, en coopération avec notre ingénieure pédagogique historique Michèle Berdat. 

Louise Barnathan : Pour coller davantage aux attentes du secteur audiovisuel ! Ces aménagements sont le fruit d’une veille sectorielle et aussi des retours de nos partenaires que nous réunissons chaque année dans le cadre d’un comité d’orientation stratégique. Le monde change et le secteur audiovisuel avec. Et clairement les enjeux de la transition écologique et numérique s’imposent aujourd’hui comme des réalités structurelles. Aussi, la Cité se devait de faire évoluer sa certification de façon à former des scénaristes capables non seulement d’écrire en équipe, mais aussi de piloter les projets de manière professionnelle et alignée sur les transformations du secteur. 

Pouvez-vous préciser les évolutions concrètes ?

Sabine Zipci : Nous avons enrichi la certification de deux nouveaux axes intégrés aux 7 compétences existantes de la certification à savoir : l’intelligence artificielle et l’écriture éco-responsable intégrés aux compétences existantes.  

Louise Barnathan :  Concernant l’enseignement de l’IA, nous avons longuement réfléchi. Le caractère souvent neutre et formaté de l’IA peut conduire l’auteur à faire des propositions génériques. Par ailleurs, on ne voulait pas donner l’impression d’encourager cette pratique. On a tranché en faveur d’un apprentissage de l’outil en pleine conscience des différents enjeux : garder sa personnalité d’auteur, impact écologique, sécurité juridique, etc. 

La démarche éco-responsable a, quant à elle, fait immédiatement l’unanimité, et a été intégré de façon transversale. Elle s’incarne dans les personnages (liés à leur environnement), leurs actions (modes de vie durables) et leur évolution (prises de conscience, dilemmes). L’environnement devient alors un acteur du récit, non un décor. Ecrire de manière éco-responsable, c’est aussi travailler collectivement, intégrer les points de vue locaux, et anticiper l’impact du projet — lieux de tournage, sobriété des moyens. 

Sur le plan de la formation, qu’est-ce que cela implique ?

Sabine Zipci : Cela a impliqué un renforcement de notre parcours pédagogique sur ces deux aspects, avec un module de huit heures consacrées à l’IA, où celle-ci est abordée en deux temps avec une phase théorique (cadre juridique et éthique), suivie d’une mise en pratique encadrée. Côté écriture éco-responsable, nous avons mis en place un module de sept heures dédiées à la prise en compte des enjeux environnementaux ; module conçu et animé par un intervenant d’Ecoprod, dont la Cité est adhérente. Ce dernier module prend place à côté de diverses actions de sensibilisation aux enjeux de RSE : sensibilisation à l’inclusion en partenariat avec Canal+, participation de nos Alumni en tant que panélistes aux études de l’Observatoire de la fiction, conception de vidéos et articles sur le sujet publiés sur nos réseaux sociaux, etc.  

La Cité remercie sa consultante Michèle Berdat pour cette nouvelle certification !

Pour plus d’informations sur la certification : https://cite-europeenne-des-scenaristes.com/certifications-professionnelles-2026/

Lire aussi


Le Rêve Hollywoodien et le scénario

« Hollywood, c’est avant tout un fantasme… On se heurte à la dure brutalité de ce système-là qui paraît idéal vu de loin et qui pourtant nous fait revenir. » PIERRE-GILLES STEHR […]

Comment les scénaristes réinventent la politique… avec une approche utopique

Même si ces récits inspirent à repenser et à aspirer à des idéaux utopiques, cela ne veut pas dire que le point de départ n’est pas une critique du système politique en place. Mais leur conviction profonde est que la politique peut être un outil de changement positif – il faut juste la réinventer et créer une utopie participative citoyenne. Généralement ces films et séries s’inspirent de notre réalité. Leur geste politique s’illustre donc par la représentation d’initiatives locales et solidaires pour parer aux manquements de politiques nationales lointaines et déconnectées. C’est bien là que réside toute la promesse de ces œuvres de fictions : nous donner accès aux coulisses de ces institutions, afin de nous permettre d’assouvir notre curiosité. Mais là où ces comédies réinventent et se démarquent des oeuvres politiques “réalistes” comme Baron Noir ou Les Hommes de l’Ombre par exemple, c’est par leur parti-pris radical ; elles choisissent de les traiter comme des lieux de travail comme les autres, avec leurs problématiques de bureaux, leurs absurdités et leurs employés pas plus intelligents que la moyenne. Seuls les enjeux changent – et encore.