Marie Peyralbe est Alumni de la première promotion du Centre de compagnonnage en Région Sud (2024). Depuis la fin de son compagnonnage, effectué auprès de la scénariste Dorothée Sebbagh, Marie a fait son chemin et co-signe l’unitaire Meurtres en porcelaine, aux côtés de Jean-Marc Taba et Clément Dufour. L’occasion de l’interroger sur son parcours et sur son insertion réussie dans le milieu du polar à la française !
Quand as-tu fait ton compagnonnage à la cité ?
Marie : Je fais partie de la promotion Sud 2024, la première promotion en région Sud, et j’ai fait mon compagnonnage avec Dorothée Sebbagh. Je l’ai d’abord rencontrée en tant qu’intervenante, parce que le premier mois de la formation, c’est un mois de rencontres où beaucoup de professionnels viennent nous parler de leur parcours et de leurs expériences. Après, j’ai très vite su qu’elle serait ma compagnonne.
Je l’ai suivie sur plusieurs projets de longs métrages pendant cinq – six mois, nous nous sommes beaucoup vues. Ses projets étaient très divers, c’était aussi très enrichissant de me frotter à son univers. Dorothée est très comédie, et moi je suis moins comédie, de prime abord. Donc ça aussi, c’était un beau contraste.
Comment s’est articulé ce compagnonnage ?
Marie : Dorothée m’envoyait ses textes pour avoir des retours. Me pencher dessus était intéressant : on pouvait en discuter, brainstormer un petit peu sur ses projets. J’essayais d’aider au mieux. On a aussi fait quelques rendez-vous, j’ai assisté à des rencontres avec des producteurs.
Sur ces cinq ou six mois, qu’est-ce que ce compagnonnage a Provoqué chez toi concrètement ?
Marie : Je pense que j’ai pris conscience, beaucoup avec Dorothée, de l’importance de la recherche documentaire. J’en menais évidemment, mais pas à un stade si poussé, et j’ai vraiment beaucoup appris à son contact. Nous avons même fait une excursion dans un lieu particulier, pour l’un de ses projets. C’était très dépaysant, parce que je n’avais jamais participé à quelque chose comme ça, et elle non plus, il me semble. Donc ça nous a aussi, je pense, rapprochées, de faire ce petit séjour toutes les deux pour les besoins de son film.
Votre relation perduRe depuis la fin du compagnonnage ?
Marie : Oui. D’ailleurs, dans les projets que je développe depuis que la formation est finie, j’ai un projet de comédie romantique avec deux co-auteurs. Je l’ai fait lire à Dorothée pour avoir ses retours, puisqu’elle est très comédie et romance aussi, et ça lui a bien plu, elle aimerait bien le réaliser. C’est assez chouette de se suivre après la formation.
Après la formation tu as développé plusieurs projets, dont Meurtres en porcelaine qui a été tourné en 2025 et qui devrait être diffusé au printemps 2026 sur France 3. Comment est né ce projet ?
Marie : Avec mon co-auteur Clément Dufour, on a vite compris, en sortant de l’Ecole de la Cité, qu’il fallait se conformer aux attentes du marché. Donc on s’est dit : les Meurtres à, ça a le vent en poupe, et j’ai une grosse appétence pour le polar. Il s’avère que Limoges était une des villes de bonne taille qui n’avait pas été traitée par les Meurtres à… et je viens de Limoges.
J’ai donc eu envie de mettre un peu Limoges sur la carte « audiovisuelle », parce qu’on ne voit jamais Limoges, littéralement. Nous avons commencé à tisser un projet tous les deux pour parler de Limoges, mais pas de Limoges et la porcelaine.
C’est notre agente, Marion Suarez de l’agence Lise Arif, qui nous a mis en contact avec Jean-Marc Taba, qui est un expert du polar et du Meurtres à.
À ce moment-là, vous aviez quoi exactement entre les mains : une envie, un pitch, un synopsis déjà avancé ?
Marie : On avait un court synopsis, on va dire. Une sorte de promesse. On en a discuté avec Jean-Marc, qui nous a dit qu’à son sens, il était pertinent de s’intéresser davantage à la porcelaine. Il se trouve qu’à ce moment-là, France Télévisions développait la collection des Meurtres en, et Jean-Marc en avait déjà co-écrit un, le premier de la sous-collection, Meurtres en dentelle, avec Thomas Griffet. On a beaucoup parlé de ça, et on est partis tous les trois sur un Meurtres en porcelaine plutôt qu’un Meurtres à Limoges.
Jean-Marc, est-ce que tu te rappelles ce qui t’a plu quand tu as entendu parler du projet, quand il était encore Meurtres à Limoges et pas encore Meurtres en porcelaine ?
Jean-Marc : Les auteurs. J’ai trouvé qu’ils étaient particulièrement sympathiques, et c’est important de travailler avec des gens avec qui tu t’entends bien. Ils étaient à l’écoute aussi de ce que je disais quand on parlait du projet, et leurs arguments étaient très intéressants. Et puis ce genre d’exercices du polar c’est un exercice de film plutôt « commercial », dans le bon sens du terme, c’est-à-dire qu’il faut cocher certaines cases. Et ils avaient déjà cet état d’esprit. Donc je me suis dit que ça allait bien marcher avec eux, même si on a un peu transformé le projet.
Justement, tu peux nous en dire plus sur la spécificité des Meurtres en comparé aux Meurtres à ?
Jean-Marc : Dans le Meurtres à, on part d’une légende, et puis on met à l’honneur une région. Dans le Meurtres en, on met à l’honneur un artisanat. Le but du jeu, c’est de prendre un artisanat « patrimonial » et de montrer l’envers du décor, comme des applications de cet artisanat qui sont insoupçonnées. Par exemple, la porcelaine de Limoges est utilisée dans la médecine pour faire des greffes d’os,. La structure de la dentelle, elle, est assez similaire à celle des coraux dont on peut tapisser des fonds marins pour repeupler en terme de corail. Puis si on prend l’horlogerie, outre les montres traditionnelles, tu as aussi de grosses études à Besançon sur les horloges atomiques et bientôt les horloges optiques. Et ça, c’est intéressant de le montrer ; en le liant évidemment à l’enquête, au polar, à l’arène et aux personnages.
COMMENT EST-CE que vous avez remis la porcelaine au centre de l’intrigue ?
Marie : Encore une fois, les recherches documentaires. On a passé une semaine là-bas, on a pu visiter différentes structures, différentes tailles d’entreprises et parler avec les gens. Jean-Marc nous a d’ailleurs dit qu’à chaque fois, c’était quelque chose qu’il aimait beaucoup faire. Ça nourrit énormément le projet de pouvoir rencontrer les artisans qui ont ce savoir-faire très particulier et qui étaient très bienveillants, très sympathiques, et très désireux de répondre à nos questions et de nous aider à retranscrire leur art de la manière la plus fidèle possible.
Jean-Marc : C’est souvent ce qui se passe dans les Meurtres en : comme on va chercher l’envers du décor d’un artisanat, d’une industrie, la première question c’est : qui sont ces personnes ? Pourquoi sont-ils passionnés ? C’est très humain dans un premier temps, moi, je me déplace à chaque fois d’une région à une autre pour parler aux gens, qui sont toujours très passionnés par leur artisanat. Et puis, on recherche aussi ce que j’appelle la « deuxième détente », cette fameuse approche un peu insoupçonnée. Et donc, tu fais des recherches là-dessus, effectivement.
Marie, Comment s’est organisée l’écriture à trois avec Jean-Marc ?
Marie : On était très contents, parce qu’à la fois Jean-Marc nous transmettait son savoir et sa maîtrise de cet exercice-là, et en même temps, il a toujours accueilli avec bienveillance et intérêt ce qu’on avait à dire. Donc c’était un rapport très égal, ce qui était très enrichissant pour nous.
Comme Jean-Marc connaissait le producteur Bertrand Levallois de Wanda Originals, on a rapidement signé avec lui. Il cherchait justement à développer un Meurtres en.
Ensuite on a développé un traitement ensemble, et juste après le Festival de La Rochelle de septembre 2024, on a appris que France Télévisions était partant pour nous suivre dans cette aventure. On a eu cette première convention de développement, et puis après, ça a suivi son cours.
On a tellement apprécié cette collaboration qu’on a resigné un projet de polar avec Jean-Marc !
Qu’est-ce que Jean-Marc vous a appris de décisif sur ce genre-là, dans sa mécanique très concrète ?
Marie : Jean-Marc est très carré en structure polar, donc rien que sur ça on a appris pas mal de choses. Il est aussi très au fait du vocabulaire de l’enquête et de tout ce qui correspond aux « passages obligés » d’une enquête : les fadettes, les analyses, les retours de légistes, etc. Il nous a beaucoup appris là-dessus, parce que lui le maîtrise totalement.
Et Jean-Marc, est-ce qu’il y a un moment où tu as senti que Marie et Clément franchissaient un cap dans leur apprentissage ?
Jean-Marc : Alors oui, clairement. Mais dès le début, en fait. C’est ce qui m’a plu. Ils étaient débutants et maintenant ils ne le sont plus ! Au début, forcément, il y avait des petits points de dramaturgie, des réflexes qu’ils ne possédaient pas. Je leur expliquais pourquoi on ne pouvait pas faire telle ou telle chose, sauf que je ne devais le faire qu’une seule fois, et c’était intégré, ils n’ont jamais fait deux fois la même erreur. C’est sûrement un mélange du compagnonnage et des qualités propres de ces deux auteurs, qui savent se remettre en question, qui ne sont pas prétentieux, qui ne sont pas en train de dire “maintenant c’est mon œuvre”, qui sont dans l’écoute et qui intègrent vite.
La Cité remercie chaleureusement Jean-Marc Taba et Marie Peyralbe pour cet entretien. Vous pourrez retrouver Meurtres en porcelaine, ce printemps, sur France Télévisions !




