
Formé au Centre de compagnonnage Ile-de-France en 2023, Franck Métais est un scénariste passionné par la fiction et l’animation. Il aime explorer des univers variés, toujours avec cette volonté d’y glisser une petite pointe d’humour !
En parallèle, il pratique et enseigne l’improvisation théâtrale. Cet art de l’instant l’accompagne au quotidien dans son travail d’auteur : il l’aide à nourrir ma créativité, à rester souple dans l’écriture… et à garder les pieds sur son clavier…
Créatif et autodidacte curieux, il aime brainstormer sur tous types de projets en lien avec l’audiovisuel ou le spectacle vivant.
Quand as-tu fait ton compagnonnage à la Cité, et qu’est-ce que tu en as retiré ?
J’ai fait la formation de la Cité Européenne des Scénaristes en 2023, de mai à décembre. Ce qui m’a le plus marqué, c’est la découverte de l’écriture collaborative. Je coécrivais déjà à deux, mais apprendre à écrire à trois, sur un projet pour France Télévisions notamment, c’était autre chose. C’est intéressant de devoir s’accorder avec des personnes qu’on ne connaît pas, sur un projet qu’on n’a pas initié soi-même.
J’ai aussi beaucoup apprécié la qualité de la formation, notamment sur la réalité du métier. On est préparés à ce qui nous attend, même si ça reste dur derrière. Et puis les rencontres avec les autres apprenant·es : des personnes variées, passionnées, toutes là pour de bonnes raisons. La sélection est vraiment soignée.
Qui était ton compagnon à la Cité, et est-ce que tu es encore en contact avec lui ?
J’en ai eu trois. Le premier, ça s’est mal passé, on n’a pas réussi à créer un lien. La Cité m’a ensuite orienté vers Isabelle Destreze, qui travaille sur Un si grand soleil. Avec elle, ça s’est très bien passé : elle prenait le temps, elle me faisait travailler sur des épisodes à blanc, j’ai beaucoup progressé. On s’écrit encore de temps en temps.
Mon troisième compagnon était Pierre de Cabissole, chez Supamonks. C’est grâce à lui que j’ai pu écrire les six épisodes d’animation. Il ne pouvait pas me faire travailler officiellement pendant la formation, mais il m’a fait découvrir leur manière de travailler. Et un an plus tard, quand une opportunité s’est présentée, il s’est souvenu de moi. On se donne encore des nouvelles, même s’ils sont très occupés.
Ces relations-là sont importantes. Ce ne sont pas des “plans miracles”, on est tous dans la même galère, mais avoir des mentors fait vraiment la différence.
Et depuis la fin de la formation, comment se passe ton insertion professionnelle ?
J’ai eu un contrat après la Cité, l’écriture de six épisodes d’animation pour Supamonks Studio dans le cadre d’un partenariat avec l’UPEC. J’essaye aussi d’entrer sur des séries quotidiennes, qui sont très concurrentielles, donc je passe des tests et j’espère qu’à force, ça finira par marcher. À côté de ça, j’écris un projet de série ou de film en coécriture avec des gens rencontrés à la Cité. On partage le même langage et ça facilite vraiment le travail.
Le plus compliqué, c’est les échanges avec les productions. Beaucoup de retours, beaucoup de réécritures, mais ça ne dépasse pas le stade des notes. Pas d’options, et donc pas de rémunération. On te dit que c’est bien, mais ça n’avance pas. C’est frustrant.
Tu fais aujourd’hui quelque chose d’assez rare : tu enseignes déjà le scénario, notamment auprès d’un public accompagné par France Travail. Comment en es-tu arrivé là ?
C’est grâce à Christel Gonnard, directrice adjointe de la Cité et de S comme scénario. Elle m’a parlé de la création de S comme Scénario, et je l’ai suivie sur plusieurs formations. J’ai découvert qu’on pouvait enseigner le scénario dans des cadres très variés, y compris auprès de militaires ou d’autres publics qui n’ont pas forcément l’ambition de devenir scénaristes mais qui gravitent autour (réalisateurs, graphistes, dessinateurs en animation, intermittents) et qui ne mesurent pas toujours ce que ça implique, les étapes, l’artisanat.
En quoi consiste ton intervention ?
Pour France Travail, on anime une journée “Dans la peau d’un scénariste”. La Cité a créé un jeu de cartes : deux personnages, une arène, une situation dramatique, un genre. Avec cinq cartes, on a assez de matière pour imaginer une histoire. On brainstorme ensemble, puis on construit un récit en une journée.
Mon rôle, c’est de rappeler les fondamentaux : A veut B, mais C l’en empêche. Un protagoniste, un objectif, des obstacles. Beaucoup l’oublient. Et surtout, de les faire travailler en collaboration, en écoute, en efficacité.
Et justement quels sont les déclics ou transformations les plus fréquents que tu observes chez eux ?
Le principal déclic, c’est la prise de conscience. Comprendre que même si on a plein d’idées, il faut passer par des étapes précises : actes, élément déclencheur, motivations profondes… Et surtout comprendre qu’on n’écrit pas gratuitement. Il faut toujours savoir pourquoi on raconte quelque chose, ce que veut vraiment le personnage, quel sens ça a.
Il y a aussi la découverte de la stratégie professionnelle. Écrire ne suffit pas. Il y a le FAIA du CNC, les appels à projets, Séquence 7, les associations… Beaucoup découvrent cet écosystème. Et puis l’importance d’écrire à plusieurs. La Cité insiste beaucoup dessus, et je trouve qu’ils ont raison.
À ton avis, est-ce qu’on sous-exploite encore le potentiel du scénario hors fiction ? Est-ce que ça a du sens de former des personnes qui ne veulent pas devenir scénaristes ?
Oui, clairement. Même si en France on est moins dans l’oralité qu’aux États-Unis, le scénario aide à convaincre, à transmettre une idée, à prendre la parole. Pitcher une histoire, réagir à l’auditoire, comprendre ce qui embarque les gens… Ce sont des compétences utiles partout : communication, marketing, commerce.
Les bases du scénario, ce sont les bases de la compréhension humaine : motivations, conflits internes, psychologie, transmission. Raconter une histoire, c’est donner une forme à quelque chose de flou. Et ça, ça sert bien au-delà du cinéma. On retrouve ces mécanismes dans le storytelling, l’improvisation, le psychodrame même. C’est une manière de rendre consciemment visible ce qui, sinon, reste flou.



