Interview avec Alpha Diallo


Alumni de la première promotion du Centre de compagnonnage (2021), Alpha Diallo a débuté sa pratique de l’écriture en créant une troupe de théâtre qui lui a permis de créer et mettre en scène sa première pièce « Politiquement Incorrect ».

En 2017, son court-métrage « L’Amour CoeXist » a été finaliste du concours Filme Ton Quartier de France Télévisions et vainqueur du Film Étudiant Parisien. Après un stage chez Troisième Œil Story pour une série fiction en 12 x 52 minutes, il passe par la résidence « l’Atelier Cinéma 93 » qui l’a accompagné dans le développement de son film Les Âmes du Fouta, nommé en compétition officielle de la Berlinale 2026. 
Rencontre.

 » L’écriture est un muscle : il faut la pratiquer tout le temps ! « 

Peux-tu te présenter ? 

Je suis Alpha Diallo, scénariste et réalisateur franco-sénégalais ayant grandi à Garges-lès-Gonesse. Avant d’écrire des scénarios, j’étais comédien de théâtre, chroniqueur-auteur chez Radio Nova, stagiaire en fiction chez Troisième Œil Story, puis j’ai fini par faire des résidences d’écriture et la formation de la Cité Européenne des Scénaristes. Ces différentes expériences ont profondément façonné ma manière d’aborder le récit et de raconter des histoires.  

Résume-nous un peu ton parcours : quand as-tu su que tu voulais devenir scénariste ? Comment t’es-tu formé à l’écriture ? 

Je savais que le métier de scénariste existait, en revanche aucune idée de savoir comment y accéder. Certes, il y avait des écoles de cinéma et des formations, mais elles étaient extrêmement chères. Et comme on ne trouve pas les annonces pour être scénariste sur France Travail, impossible d’avoir des conseils d’insertion dans ce métier !  

C’est à l’écriture de ma première pièce de théâtre que j’ai eu le déclic, mais ce choix n’a pas été facile à défendre chez moi. Mon père me disait : « Fais un vrai métier, tu es quand même diplômé de la Sorbonne ». Il voyait des post-it partout dans ma chambre, des bouquins de théâtre, des DVD etc… Il a tout de suite compris que j’étais déterminé à me lancer, donc il m’a encouragé. 

Comme tous ceux qui démarrent dans l’écriture, j’ai lu des bouquins sur la fabrication d’un scénario, les pièges à éviter… Sauf que je me rendais compte que ces livres bridaient ma façon de concevoir mon histoire. Il y a des règles d’écritures, certes, mais j’avais l’impression que c’était trop mathématique. Alors, je les ai mis de côté et j’ai plutôt analysé toutes les séries et les films qui me plaisaient. Ce travail m’a énormément appris sur la dynamique d’écriture. 

Que t’a apporté ta formation au Centre de compagnonnage ? Comment s’est déroulée ton insertion en sortie de formation ? 

Tout d’abord, la formation à la Cité m’a apporté beaucoup de confiance. Ce n’est pas facile d’arriver serein dans ce milieu car il est totalement incertain. On passe beaucoup de temps à écrire mais aussi à attendre qu’il se passe quelque chose.

Ce qui m’a frappé avec la Cité européenne des scénaristes,  c’est le travail sur soi, sur notre ressenti et nos émotions. Ça m’a permis de comprendre que la force de l’écriture passe par un état physique et sur ce que l’on ressent. J’ai gagné beaucoup en espérance d’écriture ! 

Aujourd’hui je suis conscient et reconnaissant d’avoir pu faire cette formation dans un moment crucial, au début de ma carrière. Sans ça, j’aurais sûrement fait quelque chose d’autre de ma vie. 

En sortie de formation, je me sentais hyper armé et surtout protégé par des scénaristes capés et l’institution que représente la Cité européenne des scénaristes. J’ai eu la chance d’être accompagné par Lionel Olenga sur sa série Le Code pour France 2. Lionel m’a conseillé comme un ancien de ce milieu, mais aussi comme un grand frère.  

As-tu des thèmes de prédilection ?  

Aucun. On va dire que je marche surtout au coup de cœur. J’apprécie autant un polar, qu’une comédie ou qu’un drame social. 

Le processus d’écriture est tellement long que je privilégie les bons rapports humains. Je parle en terme de production, d’équipe de scénariste, de diffuseur etc… 

J’ai eu la chance de travailler sur différents thèmes, ça me permet de prendre en expérience.

 

Parle-nous un peu du processus de création de Les âmes du Fouta : quelles étaient tes inspirations ? Comment es-tu passé de l’écriture à la réalisation ?  

Cette histoire était dans ma tête depuis 15 ans ! À la base, je voulais en faire une pièce de théâtre, puis j’ai commencé à écrire de la fiction. Je me suis dit : « pourquoi pas ? ».

Autour de moi, mes proches m’ont aussi motivé, puis je me suis lancé en 2020, en plein confinement. J’ai écrit le scénario en trois jours. C’était mon tout premier texte de fiction. 

J’étais très inspiré par l’œuvre Antigone de Sophocle et le film Va, vis et deviens de Radu Mihaileanu. Les films d’Ousmane Sembène et Abderrahmane Sissako faisaient aussi partie de mes inspirations. Ils sont politiques, forts et très poétiques.  

Après l’écriture de mon film, j’ai commencé à démarcher des produteurs mais personne n’était intéressé par cette histoire dans un village sénégalais. Je n’étais pas non plus identifié en tant qu’auteur car je n’avais encore rien fait. J’ai donc décidé de faire une résidence avec ce projet et c’est comme ça que j’ai intégré l’Atelier cinéma 93 de 2020 à 2021. Ensuite, j’ai peaufiné mon scénario et mis en place un travail visuel pour la réalisation. J’ai rencontré mon producteur, Oualid Baha de Tact Production, et ensemble, nous avons bâti un dossier artistique et financier. Ce long chemin m’a envoyé en compétition officielle de la Berlinale en février 2026. 

Comment s’est déroulé le tournage ? 

C’était vraiment spécial pour moi car c’était ma première réalisation avec une boîte de production, dans mon pays d’origine, à quelques kilomètres du village de mes parents, dans ma langue maternelle…  En revanche, je n’avais aucune pression car j’étais super bien accompagné par mon producteur et notre co-producteur sénégalais Souleymane Kébé. J’ai pu faire mon casting sur place, repérer les endroits qui me plaisaient, faire une préparation technique et artistique etc…  J’avais beaucoup insisté pour faire des répétitions sur nos décors de jeux car mes comédiens étaient tous amateurs. Il fallait les mettre en confiance, à l’aise avec l’espace, la gestion du corps, la voix… Nous avions six jours de tournage, dont deux nuits, il fallait optimiser au maximum notre temps. J’étais chanceux d’avoir sur mon film des équipes techniques qui font habituellement des gros projets cinéma. Tout a bien été orchestré à toutes les étapes de construction du film.  

As-tu d’autres projets d’écriture et de réalisation en cours ? 

Je suis en pleine écriture de mes deux prochains films. Je prends mon temps et consacre toute mon énergie dedans. C’est sport mais en même temps challengeant car ce sont des histoires différentes qui se déroulent en France et au Sénégal.  

Quels sont tes conseils pour les jeunes scénaristes qui souhaiteraient se lancer ?

D’y aller à fond ! De ne pas lâcher même si c’est un milieu compliqué et très fermé. De croire en ses histoires, de bien s’entourer, de créer un réseau, de rencontrer des gens, de s’éclater à écrire et imaginer des récits !

C’est un métier fou où l’on créé des univers donc ne pas hésiter à y mettre de la folie. 

L’important aussi est d’être bien avec sa tête,  son esprit et son corps, il faut donc s’autoriser à souffler, à changer d’endroit pour écrire, à se fixer des deadlines pour se forcer à être productif. L’écriture est un muscle : il faut la pratiquer tout le temps ! 

Un grand merci à Alpha Diallo pour ses réponses !

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