Depuis 2022, dans le cadre des Prix du Scénario organisés par Hildegarde, la Cité européenne des scénaristes, Dixit et la Fondation David Hadida, remettent chaque année le Label Découverte, qui récompense un projet de long-métrage prometteur et donne la possibilité aux scénaristes de bénéficier de deux consultations à la réécriture.
En février 2024, le Label était décerné au projet Les Filles désir, écrit puis réalisé par Prïncia Car, co-écrit par Léna Mardi et produit par Johanna Nahon (After Hours Productions). Le film, sélectionné à la Quinzaine des Cinéastes, est sorti en salles en juillet 2025. Rencontre.
COMMENT EST NÉ LE PROJET LES FILLES DÉSIR ?
Prïncia : Il est né de deux rencontres. La première, avec Léna et Johanna à Paris, il y a 10 ans. On était stagiaires -assistantes, on accompagnait le film Mustang à la Quinzaine des cinéastes à Cannes. A ce moment-là, on s’est dit « nous aussi, un jour, on fera du cinéma ensemble » et 10 ans plus tard, on était à Cannes dans la même sélection que Mustang.
Ensuite, il y a eu une deuxième rencontre avec les jeunes comédiens, avec qui j’ai créé une troupe, il y a huit ans. Ils ont co-écrit le film en tant qu’auteurs au forfait. Ils nous ont donné l’impulsion du film, que l’on a ensuite structuré avec Léna.
Pour écrire Les Filles désir, on a mis au point une méthode de développement collaboratif et collectif. Dans un premier temps, on échangeait avec les jeunes, on évoquait beaucoup de sujets avec eux puis avec Léna, on structurait une fiction. On les revoyait ensuite pour en rediscuter, les jeunes montaient sur scène pour improviser à partir du texte, ce qui nous permettait d’écrire les dialogues.
QUEL A ÉTÉ L’apport du label DÉCOUVERTE au scénario ?
Prïncia : Recevoir le Label, c’était hyper encourageant pour nous ! Le soir de la cérémonie, on a reçu des mots touchants de la part de personnalités du cinéma, et les jeunes aussi. On a eu le sentiment que ce qu’on faisait était reconnu, ça nous a donné une vraie visibilité.
L’écriture était longue, elle nous a pris trois, quatre ans. C’était une belle reconnaissance après ce long travail, une reconnaissance de nos méthodes de travail et de toute l’énergie qu’on avait mise dans ce projet. Pour les jeunes, c’était valorisant d’aller à la cérémonie des Prix du Scénario, parce qu’en plus d’être acteurs, ils ont pleinement pris part au développement du film, en qualité d’auteurs.
Léna : Je me souviens qu’à la cérémonie, un juré du Label était venu nous voir pour nous conseiller de simplifier le scénario. A l’époque, on naviguait plus entre les points de vue. Il a été le premier à nous conseiller de simplifier, ce qu’on a ensuite fait avec Aude Py, grâce à la consultation offerte par le Label. Ça nous a permis de recentrer le point de vue sur Omar, le protagoniste. On y était presque, mais il y avait encore un truc qui coinçait. Le Label nous a donné le dernier coup de pouce dont le scénario avait besoin.
ET DU point de vue de la prodUCTION ?
Johanna : Ça a été un moment déterminant, en termes de financement. Quand on a récupéré le prix, il y avait beaucoup de diffuseurs dans la salle. On a fait des rencontres qui ont ensuite débouché sur des préachats. Et en étant dans cette sélection, on avait tout de suite plus de visibilité auprès des distributeurs. Après la cérémonie, on m’a appelée en me disant qu’on faisait partie des quatre, cinq projets que tout le monde voulait lire à Paris, grâce à ce coup de projecteur !
Qu’est-ce-quI A VOUS A MOTIVÉES À TRAVAILLER AVEC AUDE PY DANS LE CADRE DE LA CONSULTATION OFFERTE PAR LE LABEL ?
Léna : Aude Py avait été ma prof à la Fémis, j’avais confiance en elle, en sa pédagogie. Elle m’a toujours aidée à aller au fond des choses.
Prïncia : Aude était aussi hyper enthousiaste vis-à-vis du projet ; c’était très agréable de travailler avec elle.
COMMENT AVEZ-VOUS ORGANISÉ les deux consultations ?
Léna : On a d’abord passé trois jours avec Aude. Elle nous a fait une liste de choses à régler et surtout, elle nous a demandé d’assumer le point de vue d’Omar sur un chemin de fer, avant de l’intégrer au scénario. Elle avait des retours hyper précis. C’était un regard extérieur sur la réécriture, qui était nécessaire.
Prïncia : Passer d’un point de vue choral au point de vue d’un seul personnage n’a pas été un choix facile. Mais ça nous a aussi permis d’avoir des personnages secondaires très caractérisés.
Johanna : Le Label a été un vrai virage pour nous. Aude nous a aidées à faire un choix franc et définitif.
Au moment où vous déposez le projet aux Prix du Scénario, LE CASTING ÉTAIT-IL DÉJÀ constitué ?
Prïncia : Dès le départ, je savais que je voulais faire jouer les jeunes de ma troupe. Mais on a quand même tenu à leur faire passer des castings en interne pour distribuer les rôles et vérifier qu’ils étaient tous disponibles à ce moment-là, y compris dans leur créativité. On a du trouver deux personnes en plus, dont Carmen, le personnage qui revient après plusieurs années et qui perturbe la dynamique du groupe. C’était intéressant de prendre quelqu’un d’extérieur pour ce rôle.
Comment expliquez-vous l’efficacité du projet, entré en tournage seulement huit mois après l’obtention du label ?
Johanna : Le Label a vraiment participé à cette efficacité en facilitant le financement du projet. Quand on allait voir les distributeurs et les diffuseurs, on mettait en avant ce label, et d’autres qu’on a pu obtenir. Ça les motivait d’autant plus à nous faire confiance.
Prïncia : Le plus long, ça a été de valider le scénario. Pendant l’écriture, on a obtenu pas mal de labels. Quand Johanna a estimé qu’elle pouvait défendre le scénario, on avait déjà une très bonne base et ça lui a permis de décrocher les financements.
Comment avez-vous vécu le succès ?
Prïncia : C’était un vrai cadeau d’être à Cannes et c’était une grande fierté de vivre ce moment tous ensemble, avec les jeunes. On a été très bien accueillis par la Quinzaine. Les comédiens ont profité de chaque seconde, de pouvoir rencontrer le public et parler du film. Ensuite, on a continué à accompagner le film, dans des grandes comme des petites salles. Les jeunes se déplaçaient, peu importe l’échelle. Ils adorent présenter le film et recueillir l’avis du public !
A Marseille, dont on est tous originaires, le film est resté 9 semaines en salles ! C’est là où il a le plus tenu. On a notamment fait deux énormes avant-premières, l’une dans les Quartiers Nords et l’autre au centre-ville, avec les familles et les amis. Il y avait un grand enthousiasme autour du film, une énorme participation du public. C’étaient les plus belles projections !
La Cité européenne des scénaristes remercie chaleureusement Prïncia Car, Léna Mardi, Johanna Nahon et Elise Adjerad pour cet entretien.




